L’idée maîtresse derrière le documentaire interactif CODE BARRE, c’est : choisir un objet autour de soi et se demander ce qu’il cache à l’intérieur. Chaque semaine, nous vous faisons découvrir les histoires d’objets d’invités. Nous avons demandé au designer de mode Denis Gagnon de nous parler d’un objet important pour lui.

Reconnu pour son approche « couture » du cuir (sa matière fétiche), ses coupes précises et son talent pour les pièces de soi aériennes et spectaculaires, Denis Gagnon est l’un des designers canadiens les plus importants de sa génération. L’année 2010 a marqué ses dix ans de carrière et le 18 octobre de la même année, il devenait le premier designer québécois à faire son entrée au Musée des Beaux-arts de Montréal.

Denis a choisi de nous parler de ses lunettes.

 

Ce sont des lunettes Lanvin, un modèle à production limitée qu’on ne fait plus. Elles appartenaient à mon amie la designer Renata Morales. Quand je l’ai vue arriver à un vernissage avec ces lunettes, j’ai tout de suite su qu’elles devaient être à moi. Je lui ai dit : « elles ne te vont pas bien, ces lunettes. Elles sont trop grandes et tombent sur ton nez ». Ce n’était pas totalement vrai, mais c’était une stratégie pour qu’elle me les offre.

Je les porte depuis trois ans et elles sont très importantes pour moi. C’est un objet auquel je fais très attention. Elles ont graduellement perdu leur vernis et les verres sont maintenant égratignés. Si je les fais changer, la monture risque de casser. L’an dernier, je me suis présenté chez Lanvin à Paris pour en acheter des semblables. J’ai appris qu’ils n’en produisaient plus. Je suis donc dans un dilemme, continuer de les porter avec le risque de les briser ou arrêter. Je pourrais peut-être en trouver d’occasion ou en dessiner de nouvelles. J’ai déjà beaucoup d’idées.

Dès que j’ai commencé à les porter, mes lunettes ont eu un impact sur ma carrière. Elles sont désormais au centre du branding de ma marque. Le marketing et les médias ont donc mis l’accent sur mon visage. Ce que je trouve un peu difficile, puisque je suis timide.

Je suis dyslexique et avais beaucoup de difficulté à l’école. L’homosexualité était aussi un facteur de gêne. Quand j’étais jeune, j’habillais des poupées et m’amusais avec des vêtements pour me sentir bien. C’était presque viscéral. Ce n’est pas moi qui ai choisi le métier, c’est le métier qui m’a choisi. Il fait partie de moi.

J’adore être designer. À chaque collection, il faut énormément de recherche et d’essais pour arriver à créer quelque chose qui a de l’âme. La personne qui se permet d’investir dans un vêtement a une vision. Elle se projette dans une image de soi. C’est ce que je fais pour chaque collection. Je crée l’identité de la saison à venir, son esprit.

On voit donc un peu la personnalité d’une personne dans ce qu’il porte. En ce qui me concerne, si j’avais pu choisir, je n’aurais probablement pas associé mon visage avec la marque Denis Gagnon. J’aurais préféré que ce soit vraiment distinct, que ce soit deux identités. Avec l’emphase sur les lunettes, ça s’est organisé autrement. Elles corrigent un handicap et j’en ai besoin, mais elles font désormais partie du personnage.

 

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Une histoire de CODEBARRE.TV

 

 

Crédit photo: Anne-Marie Lavigne